Roxane Petitier, l’instinct artistique

juin 27 | Art / Culture

People Act Magazine / juin 2014

Alors qu’elle se destinait à travailler dans la médiation culturelle,Roxane Petitier s’apprête à fêter ses 20 ans de pratique photographique. Une artiste complète, une portraitiste, généralement fascinée par les corps transcendants. D’origine parisienne, Roxane a été adoptée par la scène artistique régionale azuréenne. Elle sera invitée en résidence d’artiste à l’occasion des 150 ans du Mont-Blanc Photo Festival en Haute-Savoie. Rencontre exclusive People Act Magazine. Interview: Julie Baquet.

L’hésitation. Série Corps, torses, torsions © Roxane Petitier, 2004.

Qui est Roxane Petitier ? Une briseuse de code, une frondeuse qui cherche à détruire les carcans dans lesquels la société l’enferme. Une forme d’expression artistique unique n’est pas suffisante pour cette artiste polyvalente, photographe, vidéaste, et performeuse. Son premier amour ? la danse. Haute comme trois pommes, elle s’amusait déjà à inventer des chorégraphies. Se suivent alors des années de danse classique, de moderne et surtout de danse contemporaine. Sa sensibilité pour les corps en mouvement transpire la poésie de l’équilibre par tous les pores de son travail, notamment photographique.

«J’ai toujours été créative»

C’est pourtant un peu par hasard qu’elle se retrouve à l’âge de 17 ans avec son premier appareil photo dans les mains : «Un argentique. Je faisais principalement des photos en noir & blanc. Mes muses, les gens autour de moi, et mes amoureux…». Le style, pris sur le vif, met déjà en exergue le grain de peau et les corps. Lorsqu’en 2003 Roxane Petitier passe au numérique, la créatrice visuelle devient prolifique jusqu’à la formation de ses premières séries, en 2005. L’une d’elle, «Je est mon objet», représente des portraits d’individus accompagnés de leur objet fétiche, ainsi que d’un texte explicatif quant au choix du sujet. Avec cette série, Roxane apprécie la rencontre anonyme. Car elle est, avant tout, une philanthrope. Dans sa technique photographique, l’humain prime sur l’outil. Le prouve également la deuxième série qu’elle réalise, «Corps, torses, torsions», des torses nus sans tête sur fond blanc, exposés grandeur nature. «L’objectif était de créer une interaction avec le public».

Une thématique du corps prépondérante 

«J’aime les photographies en mouvement, la chorégraphie de l’image ». Les corps sur les clichés sont ainsi recroquevillés où élancés traduisant un état émotionnel immortalisé de façon instinctive : «Je fais souvent travailler mes modèles, j’essaye de comprendre leur façon de bouger, de se mouvoir».

L’envie et la force d’investir totalement un lieu…

Fin 2006, Roxane s’installe à Nice. Un objectif, s’intégrer sur la scène culturelle niçoise. «J’organisais des soirées de performances insolites». Pour autant, elle s’interroge sur son avenir professionnel puisqu’elle est issue d’une formation tournée vers la médiation culturelle. «Je ne me voyais pas vivre de la photographie», avoue-t-elle. Roxane enchaine les expositions. elle présente d’ailleurs ses deux séries confectionnées en région parisienne.

En 2008, elle commence à collaborer avec le musicien Chris Farmer et en 2010, l’événement Mars aux Musées lui confie un projet photographique de grande ampleur, «Mouvements anthropomorphiques». Le concept mêle des corps nus à une collection d’objets préhistoriques du Musée de Terra Amata à Nice. Lors de la présentation de l’exposition, la photographe met également en valeur son talent pour la performance en investissant complètement les deux étages du musée. Musique live, projections de photos et chorégraphies de performers divers et de 4 danseurs non professionnels, complètent ce projet inspiré. Cette série fut une révélation :«C’est à ce moment là que j’ai compris que j’étais une artiste».

Lexical corpus imprisonment, ©Roxane Petitier

« Ce n’est pas parce qu’on montre son travail que l’on a confiance en soi »

En 2012, Roxanne Petitier fait des émules avec la série «Nouvelle ère». 18 portraits en mutation composés en diptyque. Les personnages représentés impressionnent par leur maitrise de la lumière et par la référence aux peintures flamandes. Parés de costumes de style Renaissance, confectionnés à partir d’étoffes et d’accessoires apportés par les modèles, les photos se composent sous deux formes. Le portrait classique figé et un cliché de mouvement lorsqu’ils enlèvent leurs coiffes. «La coiffe représente le statut social. Abandonner la coiffe revient alors à abandonner les codes. Mais ils restent coincés dans leurs tenues. Preuve que quelque soit notre statut, s’extraire de l’oppression de l’apparence est compliqué».

Morcelée, ©Roxane Petitier

« Je suis une ancienne grande timide qui se soigne »

Détruire les carcans, voici également l’une des nombreuses facettes de cette touche à tout qui fourmille d’idées. Parmi les sujets qui l’inspire : «La place de la femme et de l’homme dans la société moderne, le rapports aux artefacts, l’enfermement, les codes et les rites…». En proposant régulièrement des performances, elle se met à nue. «C’est un exercice risqué, une autre approche que je n’ai pas dans la photo. Je suis obligée de lâcher prise, de sortir de mes carcans».

Agenda de l’artiste

#1. Mont-Blanc Photo Festival : artiste invitée en résidence. Exposition du 18 juillet au 21 septembre à la Maison forte de Hautetour, Saint Gervais-les-Bains. Ce travail sera exposé dans le cadre du Sept Off (lieu à déterminer) à l’automne à Nice.

#2. Biennale de l’UMAM, avec une œuvre intitulée «Théotime évaporé» – Château-Musée Grimaldi, Place Grimaldi, 06800 Cagnes-sur-Mer. Vernissage le 6 juin.

#3. «Mouvements anthropomorphiques» : exposition de la série jusqu’au 15 juin au centre culturel La Providence – 8 bis Rue Saint-Augustin, 06300.

#4. «Pour les noirs et pour les blancs», galerie Hierro Desvilles, 20, rue Emmanuel Philibert, Nice. Exposition du 14 juillet au 14 septembre, vernissage le 14 juillet.

En savoir +

www.roxanepetitier.com, sur Facebooknews blog et photo blog.

Propos recueillis par Julie Baquet

©PAM (2014)

Article paru sur peopleactmagazine.fr / 3 juin 2014

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