Thaïlande : coup d’état militaire sur fond d’instabilité chronique

mai 15 | Actualité

People Act Magazine / Mai 2014

L’armée thaïlandaise a annoncé une prise de contrôle du pays après 7 mois de tensions maximales. Objectif selon le chef de l’armée de terre, le général Prayuth Chan-ocha : remettre de l’ordre dans le pays. Le combat entre chemises rouges et chemises jaunes perdure depuis la destitution de l’ex Première ministre, Yingluck Shinawatra, le 7 mai dernier. Une sorte de routine pour la Thaïlande en proie à une grande instabilité politique depuis 80 ans. Chronique d’un pays au bord de la guerre civile.

Pour mettre un terme au face-à-face entre les Jaunes et les Rouges, l’armée a pris les devant le 22 mai, avec l’annonce d’un coup d’état à la télévision «pour que le pays revienne à la normale», selon le chef de l’armée thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha. Depuis le 7 mai, le ton était monté d’un cran avec la destitution de la Première ministre Yingluck Shinawatra. Depuis sept mois, les violences des manifestations ont causé 28 morts et 700 blessés.

Immédiatement après l’annonce du coup d’état, un couvre feu a été décrété entre 22 heures et 5 heures du matin. Les télévisions et les radios nationales ont cessé d’émettre. Tout rassemblement de plus de 5 personnes est interdit. L’armée a suspendu la Constitution de 2007. Une escalade de tensions allant de pair avec une instabilité politique chronique.

  • Chemises rouges : parti constitué des masses rurales du Nord et du Nord-Est du pays, partisans du pouvoir actuel.

  • Chemises jaunes : parti constitué des classes aisées, des cadres, des fonctionnaires et des monarchistes radicaux. Ces derniers représentent l’opposition face au pouvoir en place.

Les annonces interviennent deux jours après l’instauration de la loi martiale considérée comme un coup d’état déguisé, suivie de deux négociations entre les représentants des Jaunes et des Rouges n’ayant trouvé aucune issue positive. Avec cette prise de pouvoir militaire, le général Prayuth Chan-ocha souhaite mettre un terme à un interminable cycle de violence. Toutefois, de nombreuses questions restent encore sans réponses.

La mise en place d’une élection initialement programmée le 20 juillet prochain est-elle, par exemple, toujours d’actualité  ? L’armée va-t-elle nommer un nouveau premier ministre ? Si oui, dans quel camp jouera le responsable désigné ? Comment réagiront les partisans du Rouge ou ceux du Jaune ? Doit-on maintenant s’attendre à une guerre civile ?

Instabilité politique chronique

Le mouvement pro-gouvernemental a déclaré un risque de guerre civile. Le pays garde, en effet, des stigmates de ses instabilités passées. Au printemps 2010, les affrontements entre pro et anti-Thaksin Shinawatra avaient déjà causé plus de 90 morts et 2000 blessés.

Dix-huit coups d’états, plus ou moins tentés ou réussis, se sont succédés depuis 1932, date de l’instauration de la monarchie constitutionnelle. Le renversement de pouvoir survenu en 2006 permet d’expliquer, en partie, la situation actuelle. L’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra dont la gouvernance fut marquée par la corruption vit désormais à Dubaï. Sa sœur, Yingluck Shinawatra, reste à la source de la division du pays. Elle remporte en 2011 les élections législatives avec son parti, le Pheu Thai. En novembre 2013, la colère envers la Première ministre gagne le pays. L’opposition l’accuse d’être la marionnette politique de son frère. Elle dissout le Parlement puis organise des élections législatives anticipées, le 2 février 2014. Élections invalidées par la Cour constitutionnelle au motif d’un scrutin non conforme, et douteux. Le 7 mai 2014, nouveau coup dur pour la Première ministre, la Cour constitutionnelle annonce sa destitution pour corruption et abus de pouvoir.

C’est donc dans un contexte aux multiples rebondissements qu’a été annoncé le dix-neuvième coup d’état militaire en Thaïlande. Les conséquences de ce nouveau coup de théâtre restent, à ce jour, inconnues.

Julie Baquet

PAM (2014)

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