Ukraine: comprendre la crise

février 15 | Actualité

People Act Magazine / Février 2014

Malgré le calme précaire sur la place de l’Indépendance à Kiev cette après-midi, les manifestants réclament toujours la démission du président ukrainien. Pour comprendre la crise qui paraît inextricable, People Act Magazine revient sur les enjeux et l’origine de l’embrasement.

Le bilan est de plus en plus lourd : 100 morts depuis mardi. Kiev à feu et à sang ressemble à un champ de bataille. Ce matin, malgré la trêve annoncée par le président Ianoukovitch, les combats ont embrasé la ville. Les manifestants attendent beaucoup de la présence des représentants des pays européens présents sur place. Pour autant, la détermination des opposants au régime est sans faille.

Suspension de l’accord avec l’UE

Pour comprendre la volonté du peuple ukrainien, il faut remonter au 21 novembre 2013. Après plusieurs années de négociations, le gouvernement suspend les pourparlers de l’accord d’association proposé par l’Union Européenne. Cet abandon déçoit un peuple qui espérait de nouvelles normes démocratiques dans le pays et une ouverture économique. L’Ukraine est en effet endettée : pas de croissance, une monnaie qui s’effondre, une dette publique à 43 % du PIB.

L’argent russe

La Russie, elle, tient l’Ukraine par le portefeuille avec, entre autres, un prêt de 15 milliards de dollars. Ianoukovitch annonce alors la création d’une commission sur le commerce incluant Moscou et l’UE. Cette situation est dénoncée par l’un des trois leaders de l’opposition, Arseni Iatseniouk, qui souhaite que l’Ukraine se défasse du carcan post soviétique. Le pays est en effet en ligne de mire de Vladimir Poutine qui souhaite créer l’Union eurasienne.

La réforme de la constitution

Autre point de discorde pour les opposants est la demande de la réforme de la constitution ukrainienne. La passivité des élus à débattre des amendements constitutionnels visant à réduire les pouvoirs du chef de l’Etat a mis le feu aux poudres mardi. S’en est suivi une manifestation à l’origine pacifique qui a dégénéré en bain de sang.

L’ombre de la révolution orange

Depuis, le pays vit ses heures les plus sanglantes depuis la révolution Orange. En effet, en 2004, une massive vague de manifestations avait eu lieu à la suite des résultats truqués du deuxième tour de l’élection présidentielle donnant alors Viktor Ianoukovitch vainqueur contre son opposant Viktor Iouchtchenko. Cette révolution du peuple avait permit l’organisation de nouvelles élections et la victoire de Iouchtchenko à 52 % des voix contre 44 % pour son rival Ianoukovitch. Le choix du lieu des manifestations n’est donc pas anodin puisque c’est sur cette même place – appelée aussi Maïdan – qu’avait eu lieu la contestation de 2004.

Le cas Viktor Ianoukovitch

Les manifestants se défendront donc bec et ongle pour que le président ukrainien soit limogé. Pugnace, l’homme est pour la deuxième fois au pouvoir depuis 2004. Premier ministre de Viktor Iouchtchenko en 2006 et élu en 2010 à la présidence contre l’ex-Première ministre orange Ioulia Timochenko aujourd’hui derrière les barreaux pour abus de pouvoir après un procès jugé peu équitable.

Une riposte anti-émeute possible

Aujourd’hui, malgré le dialogue entamé avec les ministres des affaires étrangères français, allemand et polonais, Ianoukovitch ne semble pas vouloir se soumettre au choix du peuple. Avec pour preuve, l’étouffement savamment orchestré sur la ville de Kiev : accès à la capitale coupés, plus d’approvisionnement en nourriture, coupures d’électricité dans certains quartiers. Les heures qui suivront donneront le ton.

 

Par Julie Baquet

#PAM (2014)

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