Wim Delvoye : un OVNI au MAMAC

avril 2 | Art / Culture

 

Le Petit Niçois – 2010

Ne soyez pas dubitatif. Wim Delvoye provoque, mais c’est pour mieux vous surprendre. Quelle audace pour la ville de Nice d’accueillir au sein de son musée d’art contemporain un artiste qui sait encore heurter. Car tout ou presque a été fait pour provoquer le visiteur. Et c’est pour une fois décontenancé que nous sortons du MAMAC, certes un peu sur notre faim, car l’exposition est un peu courte, mais complètement charmé par ce détraqué visionnaire qui a su repousser certaines limites. Des cochons empaillés et tatoués, des crucifix malmenés, une cathédrale bulldozer et des vitraux représentants des baisers d’homosexuels, il fallait oser !

Copain comme cochon

J’entends déjà les amoureux des bêtes s’apitoyer sur le sort de ces cochons empaillés et tatoués… Ravalez votre rancœur et écoutez : dans une ferme située en Chine près de Pékin, Wim Delvoye élève des cochons tatoués sous l’œil bienveillant de vétérinaires. Sauvés de l’industrie agro-alimentaire, les porcelets sont anesthésiés pour être tatoués (à l’effigie de Wim Delvoye version Walt Disney, des mangas, des tatous classiques…). Chose que les hommes n’appliquent même pas sur leur propre corps pour s’affabuler de ces ornements.

De leur vivant, les bêtes sont choyées et libres de leur mouvements. Une fois mortes, elles sont naturalisées. Comme d’habitude, dans l’art contemporain, se pose la question du pourquoi. Wim Delvoye pose ici le débat de l’exploitation animale. La notion d’élevage industriel est abordée sans hypocrisie à la fois dans sa banalité et dans son aspect mortifère jusqu’à l’exploitation du produit. Voilà pour les cochons.

Crucifix torsadés

Quant à la question religieuse, l’artiste Belge repousse également les limites. La culture catholique, et notamment l’art gothique, imprègnent totalement l’œuvre de Wim. En revisitant une cathédrale majestueuse façon « transformer* pelleteuse », tenterait-il de dénoncer que la religion détruit, telle une machine de chantier, tout sur son passage à la vue des millions de vies sacrifiées au nom d’un Dieu ? Wim Delvoye met en scène les tabous et les interdits religieux, non pour choquer, mais pour révéler leurs paradoxes.

C’est le cas des crucifix torsadés qui interrogent sur le rapport au corps et aux symboles. Point de profanation, juste la volonté de saisir les contradictions de la société. L’homosexualité et la sexualité chez les prêtres par exemple, en revisitant les vitraux d’une église. Si la curiosité vous pique, vous remarquerez qu’il ne s’agit pas de banals vitraux, ils représentent pour certains deux hommes en train de s’embrasser. La ville de Nice aura épargné le visiteur des vitraux représentant la radio d’une fellation. Ou la fameuse machine à caca qui l’a rendu célèbre. Dommage diront certains…

*Transformer : jouet populaire des années 90 ayant pour principe la transformation d’un robot en moto par exemple.

Le Petit Niçois – 2010

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